Leurres sur empiles en teaser et cuiller lourde

Qui a dit que les titres devaient avoir un rapport avec ce qui suit?

Il paraît que demain il faudrait mettre un drapeau français – modèle standard, trois couleurs – à sa fenêtre. Je n’ai pas bien compris si c’est en mémoire de ceux qui sont morts dans les attentats de Novembre, ou pour soutenir la République, la Nation, la Patrie 1 ou je ne sais quoi.
Faut dire, les actualités me parviennent par les flash info de france bleu breizh izel2 quand je pars travailler, alors que veux-tu, ma pauv’ dame, je suis pas très au point.

Qu’on me comprenne bien.
J’étais déjà au lit, en train de checker twitter avant d’éteindre ma loupiote, quand j’ai lu qu’on avait entendu des explosions autour du stade de France. Stupéfaction. Puis incrédulité. Puis peur. Peur parce que j’ai encore de la famille et des amis à Paris, susceptibles de sortir un vendredi soir, ou pire d’aller écouter des rouquins en concert. Atterré ensuite par les portraits et les noms des disparus qui ont défilé par la suite. Ecoeuré, triste, défait, abattu.

Et puis après, révolté. Révolté parce qu’on nous a demandé de mettre notre cerveau de côté pour laisser parler nos viscères. Parce que d’un coup, douter du bien fondé d’opérations militaires à l’efficacité au mieux hasardeuses, c’était être un traître au genre humain3. Dire que la réponse à ces attaques ne pouvait être que globale, politique, sociale, culturelle, c’était être un lâche. Si, si, je te jure, j’ai vu des gens pourtant raisonnables, à défaut d’avoir prouvé le contraire jusque là, passer à l’insulte face aux doutes sur les rodomontades du gouvernement.

Et puis est venu l’état d’urgence. Le transfert de pouvoir vers l’exécutif. La mise à l’écart du droit et du pouvoir judiciaire au profit de ce qui ressemble bien à un état d’exception4.

Et puis on m’a aussi expliqué qu’il fallait arrêter de construire des mosquées, parce que bon, tout le monde sait que ça vient de là, hein, quand même. Que bon, quand même, ces gens là ils étaient pas bien comme nous.

Et maintenant il faut mettre des drapeaux aux fenêtres. Pour montrer notre patriotisme, que c’est pas un gros mot tu sais. Que bon, il faut aimer son pays!

Il faut faire attention à ce qu’on met derrière un symbole. C’est le propre du symbole, qu’on puisse y mettre une multitude de sens.

Demain, toi qui mettras ton petit drapeau à la fenêtre, tu y mettras l’amour de ta famille, de tes amis. Des valeurs qu’on nous dit fonder notre République – la liberté, l’égalité, la fraternité. Tu y mettras la résistance à la violence aveugle, ton espoir dans la paix, dans l’avenir que tu veux laisser à tes enfants.

Moi, j’y verrai aussi le drapeau qui a flotté sur les colonies françaises aux quatre coins du monde, là où on inventait l’esclavage soft ou moins soft.

J’y verrai le drapeau qui fait bander les enfoirés de fascistes qui ont balancé Brahim Bouarram dans la Seine.

J’y verrai le drapeau que des milliers, des centaines de milliers, des millions de poilus ont suivi à la mort, ceux là même qui ont été fusillés quand ils ont refusé d’aller se faire massacrer pour que des gros culs planqués dans les ministères et dans les bureaux des conseils d’administrations puissent continuer leur petite vie.
Fusillés pour avoir refusé d’aller tuer des allemands à qui on avait sorti les mêmes conneries en de l’autre côté de la frontière, mais en deutsch s’il te plaît, alors c’est pas pareil.

J’y verrai le drapeau sous lequel avancent les fleurons de notre industrie quand ils retourne piller l’Afrique en faisant mine de l’aider à se développer. Tu sais, les mêmes qui licencient des hommes et des femmes qui ont passé leur vie à travailler pour remplir les poches des actionnaires. Qu’on fout dehors, bien usés, à 55 ans. Parce qu’ils ne sont plus rentables. Ou juste parce qu’il fallait montrer qu’on fait des efforts pour faire remonter le cours de l’action.

Alors tu m’excuseras, mais ce drapeau-là je le mettrai pas à ma fenêtre.
De toute façon j’en ai pas, et si j’en avais un, je m’en servirais surement pour couvrir mes bières et mes patates , parce que la bière et les légumes5 se conservent mieux à l’ombre, et la fraternité, c’est quand même plus facile avec de la bière et des frites. Ou juste des frites, si tu bois pas d’alcool.

Et puis, des morts à cause de ces cons, il y en partout. Alors il faudrait mettre les drapeaux de tous les pays du monde, hein, sauf peut être le drapeau de San Marin, parce que je crois qu’ils ont été épargnés, et puis celui du vatican, parce qu’il faudrait pas déconner non plus.

A la place, je relirai le nom des morts, de ceux qu’on connait, et pour ceux qu’on ne connait pas et bien j’inventerai des noms. Histoire qu’ils survivent un peu à la mort qu’on leur a apporté de force.

Et puis je me mettrai une chanson qui remonte un peu le moral, hein, genre l’internationale, ou bien salut à toi, tiens, elle est bien celle-là.

Tiens, je te mets un lien en cadeau.

Et puis je continuerai à aller pêcher, avec mes leurres et mes cuillers. Parce qu’il faut bien continuer à vivre.

Vivre.

Sans dieu.

Ni maître.

Et on finira tout ça dans une immense beuverie, en bouffant des galettes saucisses.

Allez, ken tuch ma vignonned (enfin, je crois).


  1. Famille et travail en option 
  2. Je prononce mal le breton si je veux d’abord. 
  3. Traitre à la patrie, je m’en fous. On a fusillé tant de gens bien sous prétexte qu’ils l’avaient trahie, la patrie, hein… 
  4. Tu sais, celui qu’aimait tant Carl Schmitt. 
  5. La patate est un légume si je veux. 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *