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Remarque introductive

D'une certaine manière, que Simone Veil devienne immortelle alors même que le rêve nazi était d'effacer jusqu'au nom de même de Juif, je trouve que c'est un juste retour des choses.

Le jeu de la mort, remarques mêlées de faible importance mais hautement subjectives

Tout d'abord, quelques liens glanés ci et là qui parlent de ce programme :

Je ne reviens pas sur ce que montre l'expérience, je suis malheureusement intimement convaincu que la réalité est encore bien pire, et qu'on ne sait jamais comment on va réagir avant d'être arrivé au moment où il faut réagir. J'indiquerai juste quelques références à la fin de l'article qui pourront peut être offrir des pistes sur ce thème 1. Je ne dirai rien non plus au sujet du contenu propre de l'émission, je ne vois pas ce que je pourrais en dire qui puisse éclairer quoi que ce soit – même si j'attribue une mention spéciale à la femme qui, dans le débriefing du "jeu", expliquait qu'elle venait de l'ancien bloc soviétique et que si le régime avait duré 50 ans, c'était aussi parce qu'il était facile d'obéir, plus que de désobéir en tout cas. Par contre, j'aimerais juste revenir un peu le le dispositif 2 de l'émission.

Pour être précis, je n'ai suivi que la diffusion du "jeu", pas le débat qui a suivi 3. Je me suis trouvé dans une situation assez inconfortable, car bien que sachant qu'il était difficile, en étant un des participant de ce "jeu", de résister au penchant à suivre la consigne, je me suis surpris à pester contre la lâcheté, le manque de distance critique par rapport à la consigne et de discernement de ces participants.

Et pourtant, comme je l'ai rappelé juste au dessus, je suis persuadé qu'avant d'avoir dû agir, on ne sait pas si l'on aura le motif d'agir – ou la force d'y résister 4.

Je crois que la structure de l'émission diminuait la force de son propos, en introduisant dès le commencement une distance entre elle et le spectateur. En effet, on nous présente d'emblée la supercherie, qui n'est par contre dévoilée aux participants qu'à la toute fin, puisqu'on assiste à l'élaboration des mécanismes du jeu et à sa logistique : réunions scientifiques, explications des mécanismes de choix des candidats, du jeu…

On a l'impression d'un discours qui tout de suite se distancie de lui même en montrant son envers, une sorte de second degré 5.

Au final, je trouve que cette distance avec le discours qu'induisait la structure narrative de l'émission permettait facilement d'établir la même distance entre soi et le participant, ce qui est un peu dommage puisque finalement, le propos était bien de nous montrer que n'importe qui peut se révéler bourreau.

D'une remarque lancée au cours d'un repas

On a pu observer la force de l'influence exercée par le public et l'animatrice sur le candidat : la présentatrice partie, le candidat hésitait bien plus quant à la marche à suivre.

On notera également le recours fréquent à l'approbation du public par l'animatrice. En mettant donc en avant cette force obscure de la foule, on peut espérer qu'il suffirait d'un ou deux courageux osant braver la pression du public pour que, par mimétisme et contagion, la dite foule retrouve la raison et s'avise des conséquences de sa passivité ou de ses actes.

Je suis assez mitigé sur le présupposé de ce point de vue6, que l'on peut pour moi aussi exprimer ainsi:

  • En dehors de toute pression, on peut considérer que l'homme est bon et n'entreprendra rien qui puisse causer de la douleur à un être vivant (j'extrapole, en l'occurrence il faut lire être humain).
  • C'est la pression du groupe qui, par la crainte de se voir exclu du sein du groupe, va conduire à modifier son jugement, en l'occurrence en n'empêchant pas une minorité agissante d'exercer une action contraire au principe éthique mentionné ci-dessus
  • Au contraire, une minorité concurrente s'élevant contre les agissements "mauvais" peut entraîner à sa suite la foule indéterminée quant à sa conduite. Deux choses me gênent un peu là-dedans : le premier point qui présuppose cette volonté de ne pas nuire – au vu de l'histoire du vingtième siècle, j'ai bien peur que laissé à l'état naturel, et en étant assuré de ne pas encourir de châtiment, bien peu de gens iront à l'encontre de leur penchant naturel 7 à se conserver eux-même; et le deuxième présupposé qui se cache dans ce raisonnement, qui est que la foule ne serait qu'une bête sans conscience – même si je ne veux pas remettre en question l'effet de masse qu'on éprouve. Une foule, c'est aussi une addition de consciences, non? !! Pour finir Après ce quelques remarques qui n'engagent pas à grand chose, voici quelques petites lectures sur des thèmes proches que je ne peux que conseiller:

    • Zygmunt Bauman$$Parce que je l'aime bien et qu'il faut le caser quelque part;$$,"Modernité et holocauste" principalement.
    • Hannah Arendt, évidement, " Les origines du totalitarisme"
    • Primo Levi, of course, aussi bien "Si c'est un homme" que "Les naufragés et les rescapés"
    • Giorgio Agamben et sa trilogie de l'Homo Sacer, pour son traitement du pouvoir.
  1. C’est à dire, si j'oublie pas d'ici là.
  2. Et j'utilise dispositif à dessein, comme Agamben à propos du téléphone portable.
  3. Je me couche parfois avec les poules.
  4. Combien de gens bien intentionnés, opposés à toute discrimination, se retrouvant bousculés, gênés, ou tout simplement moins bien servi à leurs yeux, ont comme premier réflexe de mettre en avant ces mécanismes discriminatoires qu'ils dénoncent par ailleurs. Et moi aussi, ça m'arrive.
  5. Ou de métadiscours, si ça vous branche. D'autant qu'après tout, c'était la télé qui parlait de la télé.
  6. Que j'espère ne pas trop avoir déformé.
  7. Que je ne juge pas. Quand je dis naturel, c'est vraiment au sens de nature/essence.

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