Quatres pieds, un plateau : une table

J’ai fait l’école buissonnière cet après midi, et j’en ai profité pour finir une petite table pour ma fille.

Une table, ça peut être très compliqué ou très basique. J’ai choisi de faire assez basique : 4 pieds, 4 traverses, un plateau.

Pour le plateau, j’ai utilisé une tablette que j’avais en stock (en fait, achetée pour autre chose mais je m’étais planté dans les dimensions, du coup je l’ai gardé dans un coin du garage). Ca, c’est très basique.

Pour les traverses, c’est un tout petit peu moins basique – deux en longueur et deux en largeur. Je vous passe les détails (et surtout j’ai oublié de prendre les photos de ces étapes…), mais elles ne sont pas de section tout à fait carré ce qui donne des découpes différentes suivant qu’il s’agit des traverses de face ou de côté.

Pour l’assemblage, j’ai choisi une base de tenons et de mortaises bien classiques : Les traverses en tenons, les pieds en mortaises (c’est la que la section pas tout à fait carré a rendu les choses un peu plus intéressantes, puisque sur un même pied, je viens assembler deux traverses de formes différentes et donc avec deux tenons différents).

Forcément, en travaillant avec des sections adaptées à une table d’enfant, j’ai dû ruser (en fait, non, j’ai simplement utilisé une technique classique) pour que les deux tenons puissent se loger dans les mortaises (sinon l’un empiète sur l’autre) : l’un des tenons est coupé à 45° pour laisser un espace (qui permet aussi de mettre de la colle.).

Le plateau et les traverses sont assemblées par lamelle : j’en ai mis une dans chaque traverse de face, avec ce qu’il faut de colle.

L’assemblage est d’abord fait à blanc.

Ensuite, j’ai d’abord collé les traverses de face avec les lamelles, et je suis venu rajouter les traverses de côté en emboîtant le pied correspondant.

En attendant que ça sèche, ça donne ça avec les serres joints :

Et voilà le résultat une fois fini :

Coup de pot, c’est même pas bancal.

Tout ça m’a permis de me faire la main sur la scie à ruban que je me suis offerte pour Noël (en solde et en plusieurs fois sans frais, faut pas rêver). Ca simplifie la découpe des tenons (non, en fait, ça simplifie pas : ça devient un jeu d’enfant et ça se fait en même pas 5 minutes).

Les mortaises ont été faites à la défonceuse et équarries au bédane, toujours classique.

La tablette a été découpée à la scie circulaire (d’ailleurs, si ça dépasse d’autant sur les côtés de la table, c’est parce que j’ai oublié de recoupe dans le sens de la largeur. C’est pas très grave, ça change pas trop le résultat).

Pieds et traverses ont été fait en lamellé-collé maison de pin, dégauchis et corroyés à la scie à onglet pour la longueur, à la scie sur table pour la largeur.

Prochaine étape : ponçage des pieds et des traverses et chanfreinage du plateau (avec peut être une découpe en courbe des coins pour éviter les accidents).

Serre, serre , serre vidée

Vous vous souvenez de mes soucis d’escargots et du bricolage que j’avais commencé?

Je me suis un peu emmêlé les pinceaux, du coup j’ai recommencé à zéro et cette fois c’est plutôt correct :

J’en ai profité pour repiquer mes salades qui commençaient à se sentir à l’étroit :

Et pour l’instant, les plantes plus délicates restent à l’intérieur, avec un petit bricolage pour les éclairer :

On termine par un moment d’admiration béate pour mes bébés lithops :

 

Gastéropodes, je vous maudis !

Cette semaine, ces sagouins m’ont bouffé 3 petits pieds de haricots qui venaient tout juste de sortir de terre. J’ai beau préparer mes petits godets, les mettre en hauteur, veiller sur eux, rien à faire : ces estomacs sur pied mangent tout. J’avais réussi à faire lever un peu de pourpier : idem ! Plus rien !

Ajoutons à ça une envie soudaine de renouer avec ma passion pour les cactus et plantes grasses, dont le moins qu’on puisse dire est que le climat breton ne leur est pas naturel, j’ai décidé de bricoler un petit truc qui devrait (peut être) m’aider à faire germer mes plantes.

La suite en photo, sans légendes, et évidemment en plusieurs parties.


 

 

 

 

Pauvre Yorick

J’ai abordé ce premier week-end électoraloprésidentiel sans grandes illusions. J’avais un peu hésité entre deux candidats (enfin, une candidate et un candidat)1, mais il se trouve que ledit candidat s’est retiré, voyant je crois qu’il n’arriverait pas à réunir ses parrainages2. J’ai donc voté 3 trotskyste, ça ne vous surprendra pas, hein, et moi non plus en fait.

Je ne regrette pas mon passage au front de gauche 4, où j’ai pu rencontrer des gens formidables (et d’autres franchement moins), mais il ne m’était pas possible de voter insoumis aujourd’hui pour quelques raisons dont entre autres:

  • Je ne supporte pas l’idolâtrie de la patrie et du drapeau. Faire de la république un veau d’or me fait vomir.
  • Du coup, je compisse tout autant les frontières et la nation, qui sont encore trop présentes à mon goût dans l’idéologie de la france insoumise.
  • Je pense qu’on ne peut pas dompter le capitalisme et qu’un projet politique qui n’indique pas clairement sa volonté d’en finir avec ce mode d’organisation de la société ne sera jamais qu’un cache misère.
  • Je ne crois pas pour autant au grand soir et à ses lendemains qui chantent 5, je crois juste que si le projet de société n’est pas clair dès le départ et qu’on ne met pas en place les moyens de contrôler que la transformation sociale reste fidèle à cet objectif, on se berce d’illusions. Et ça, je ne suis pas sûr que ça passe par une constituante tirée au sort, mais bien probablement avec des rapports de force construits patiemment dans et hors des institutions dites démocratiques.
  • Je crois aussi qu’il faut sortir du jacobinisme et rapprocher le pouvoir politique des citoyens en décentralisant pour de bon.

L’idée n’est pas de faire un catalogue à charge contre les insoumis, mais juste d’expliquer brièvement pourquoi malgré le bien qu’on peut y trouver, je ne pouvais pas glisser un bulletin insoumis dans l’urne.

Mon vote a donc été un vote par défaut. De ce que je connais de la ligne de LO, c’était la proposition la plus proche, même si je suis loin de tout partager avec eux 6.

Les résultats du premier tour sont ce qu’ils sont, et risquaient peu d’être différents. La question que je me pose maintenant, et à laquelle je suis bien embêté pour répondre, se résume assez facilement:

Que faire?

Je vois quatre (ou cinq, si on veut compter une variante) possibilités pour le second tour, ici dans le désordre:

  • M’abstenir
  • Voter blanc (ou nul)
  • Voter pour la porcherie
  • Voter pour le sosie de Giscard d’Estaing

Je vais essayer d’éclaircir ce que m’inspire chaque proposition.

Voter pour Maréchal nous voilà

Ah ah ah. Sérieusement. Quelqu’un a cru que c’était une option? Fais moi plaisir, signale toi que je supprimer tout lien avec toi sur les réseaux sociaux, que je brûle tes photos et que je perde ton numéro de téléphone si tu as pu croire un instant que ce vote était possible. Ok? Donc non.

M’abstenir, voter blanc ou nul.

Un petit bulletin blanc, ou un petit texte sympa qui égaiera la soirée des scrutateurs, ça a son charme. Si il fait beau, je pourrais toujours occuper mon temps à des choses bien plus intéressantes que d’aller pointer au bureau de vote 7.

Voter pour l’autre glandu du MEDEF

Ca me fait bien mal de me dire qu’à un seul moment je vais pouvoir, d’une manière ou d’une autre, contribuer à la victoire de ce fossoyeur de nos droits. On n’oublie pas non plus que ce salaud aime tellement la planète qu’il a autorisé l’exploitation industrielle de sable en plein milieu de réserves naturelles dans la baie de Lannion.

Alors donc que faire?

J’ai d’abord pensé au vote blanc, puisque je ne n’ai rien en commun avec aucun des deux « candidats » 8 et que je refuse de les cautionner. Seulement il existe une infime possibilité que la boue fasciste arrive devant l’homme en marche, et ça ça n’est clairement pas possible.

On me laisse donc choisir entre entre deux actions également impossibles pour moi. Sacré choix.

La seule différence que je vois entre les deux projets, c’est qu’a priori le messager du MEDEF n’est pas ouvertement xénophobe. Je dis « pas ouvertement », car le capital s’accommode très bien du racisme. On peut espérer ne pas voir de fermetures des frontières et d’expulsion en masse (quoi qu’on les a déjà aujourd’hui…), mais ça ne veut pas dire que la société n’est pas et ne reste pas raciste.

En ce qui concerne le rapport des candidats au capital, pas de surprise, on a dans un cas l’amie des grands patrons français, alors que l’autre est l’ami des grands patrons tout court. Pas de frontières, les patrons sont les mêmes de chaque côté.

Tout ça m’inspire les réflexions très décousues suivantes, que j’ai peut être déjà lues ici ou ailleurs. Qu’on me pardonne si je les fais miennes, tout comme je pardonne à ceux qui jugeront bon de les reprendre.

  • D’abord, quelque que soit mon vote au premier comme on second tour, je ne suis pas responsable du résultat de l’élection. Les responsables, ce sont les électeurs qui ont choisi de voter pour l’un ou l’autre des candidats.
  • Toute tentative péremptoire de dicter ce que doit être mon vote (ou mon non vote) rencontrera au mieux un silence poli, au pire mon pied au cul. Personne n’a le droit de me dire que j’ai mal voté, ou que je dois voter pour sauver la république, ou que je dois voter. Ou alors c’est dire que je n’ai pas le droit de décider, même si ma décision est mauvaise 9. Et dans ce cas, je propose de retirer le droit de vote aux électeurs du parti à la flamme tricolore.
  • On lit par ci par là que les grandes villes ont résisté au vote fasciste et que c’est les campagnes qui sont les vilains petits canards. D’abord, il faut arrêter de prendre les provinciaux et les ruraux pour des cons. La vie est tout autant et peut être même plus dynamique ici que dans les grandes métropoles. Si on arrêtait le mépris parisien pour tout ce qui fait moins de 300 000 habitants, on éviterait peut être que les gens se tournent vers les héritiers des collabos par colère, dépit ou défaut. Vous savez qu’il suffira d’une heure vingt cinq minutes pour relier Paris à Rennes cette année? D’après vous, combien de temps pour Rennes Nantes? Saint Malo – Saint Brieuc? Saint Brieuc – Vannes? Dijon – Fontaine Française? Je ne parle même pas des routes qui desservent le centre Bretagne. Qu’on cesse l’inégalité de traitement entre les territoires et on verra si les « ruraux » se tournent toujours vers les vendeurs de mensonge.
  • Est ce que le centriste mou va tenter de récupérer des voix de gauche en accordant des concessions, notamment en vue des législatives, ou bien va-t-il se contenter de compter sur le « front républicain »? Vu qu’il a maintenant le soutien officiel du PS, il semble qu’il ne reste plus que les quelques partis de gauche 10 qui pourraient potentiellement passer des accords en vue de s’assurer quelques candidats. Il n’est pas dit que cela se fasse, on a déjà vu plus étrange, mais j’ai l’impression que son arrogance va le pousser à ne pas négocier11.
  • Le changement de calendrier qu’a imposé Sarkozy, si mes souvenirs sont bons, transforment de fait les législatives en troisième tour12. Le mode de scrutin actuel fait qu’on risque fort la cohabitation la plus moche possible entre libéraux et fascistes (l’un et l’autre sont hélas compatibles) si on projette de manière simpliste les résultats de la présidentielle sur les législatives. Il va donc certainement falloir battre le pavé et pas qu’un peu si on veut espérer garder un minimum de droits.
  • Voter une fois de temps ça ne suffit pas pour faire fonctionner une société. Impliquez vous dans des associations. Nettoyez votre quartier. Parlez à vos voisins même les plus cons. Créez des choses. Apprenez des choses. Parlez de ce qui vous plait et faites le découvrir aux autres. Apprenez à cuisiner des plats qui viennent de la région d’à côté ou du continent d’en face. Etudiez une nouvelle langue13 et parlez-la. Partez pêcher avec des copains. Si on veut arrêter de porter au pouvoir des gens qui veulent détruire la société et les gens, il faut aimer cette société et la rendre aimable.
  • Si jamais effectivement, le « front républicain » fonctionne – on n’en aura pas fini pour autant avec les idées fascistes. Et c’est grâce à ces idées que le vote qu’on vient devoir est possible. Il va donc falloir se bouger sérieusement pour aller reprendre le dessus dans la lutte culturelle. Ca commencera par changer de regard sur ceux qu’on désigne comme boucs émissaires habituellement14.


Je ne suis toujours pas sûr de ce que je ferai dans 2 dimanches (et je n’ai pas encore vérifié la marée). Si ça vous dit, on peut en discuter ici ou là (mais pourquoi pas ici). On gardera juste comme guide qu’on n’est pas là pour se convaincre mais pour échanger, et le premier couillon qui me dit de voter pour les nostalgiques de l’OAS 15 je le censure.

Allez, des bisous.

  1. Ou aller à la pêche.
  2. Si ça vous intéresse, il s’agit de Christian Troadec. Pas forcément le plus extrême gauche des candidats, ce qui peut surprendre de ma part, mais la position anti jacobine défendue par au moins une partie de ses alliés me paraît un élément nécessaire si on veut véritablement changer de république comme d’autres le proclament. Bon, en même temps, il n’a pas pu aller au bout, la question ne se pose donc plus pour ces élections. Et puis de toute façon, le premier tour est passé et j’ai déjà mis mon petit bulletin.
  3. Je me suis aussi demandé si il fallait voter tout court, mais le bureau de vote était plus près que mon coin de pêche favori, le choix a vite été fait.
  4. qui commence déjà à dater.
  5. Et un oeuf bouilli
  6. non, même soumis au contrôle des soviet, le nucléaire n’est pas une énergie propre et fiable, entre autres.
  7. En passant, dans celui dont je dépend, l’organisation était tellement aléatoire que j’ai failli demander à ce qu’on constate l’irrégularité de la chose. Et puis je suis allé jardiner en rentrant à la maison, ça m’a fait beaucoup plus de bien.
  8. Lisez « ennemi de classe » ça marche aussi.
  9. Mais vu que c’est ma décision, j’ai bien de le droit de la prendre, non?
  10. front de gauche, NPA, LO, peut être EELV…
  11. D’ailleurs, a-t-ton déjà vu un patron négocier…
  12. D’ailleurs, il faut noter qu’on ne peut pas réviser la constitution sans le vote des deux chambres. Pour lancer la constituante des insoumis, il faut donc s’assurer d’une bonne majorité un peu partout, en plus d’avoir un président volontaire. Loin d’être gagné.
  13. Essayez le breton ou l’esperanto, tiens.
  14. Insère ici ce que tu veux.
  15. J’espère avoir dressé un éventail complet des influence de ce parti. Si j’en ai oublié, merci de les laisser en commentaire.

Passion tripes de poissons

Juste un petit mot en passant pour faire suite à mon histoire de leurres, d’empiles et de cuiller.

Image qu'elle est belle et qu'elle vient de Wikipedia : https://fr.wikipedia.org/wiki/Illicium_(poissons)#/media/File:Baudroie_commune.jpg
Image qu’elle est belle et qu’elle vient de Wikipedia : https://fr.wikipedia.org/wiki/Illicium_(poissons)#/media/File:Baudroie_commune.jpg

Les jours raccourcissent, le temps fraîchit, c’est l’hiver. Il paraît que la saison est propice à la pêche aux calamars et autres trucs en podes, du coup je suis allé m’acheter quelques turluttes (du genre de celles-ci, grands dégoutants).

Pour l’instant, c’est plutôt heureux que je ne compte pas sur ma pêche pour manger.
Histoire de maximiser un peu mes chances, je me suis fait un petit montage expérimental : Sur une longueur d’à peu près 80 centimètres de fil de 35/100, j’ai monté, sur empile, un hameçon d’une taille suffisante pour une petite daurade ou un beau macro, suivi de deux petites turluttes phosphorescente, toujours en empile.
J’ai mis au bout d’une longueur de 25/100 un plomb de 60g, histoire de pouvoir lancer plus loin que le bout de mon nez.
Pour mettre au bout de mon hameçon, j’aurai bien voulu mettre du maquereau, mais comme je ne prend pas grand chose, je suis passé chez le poissonnier me prendre une poignée d’éperlans, que je suis en train de saler et que je mettrai par petit bout pour voir si ça attire une bestiole quelconque

Le principal point d’interrogation reste ma canne, peut-être un peu courte, puisqu’elle est à 2 mètres 40, et surtout pas vraiment adapté, puisqu’à force de galèrer je me suis rendu compte qu’elle grammait à 50/90.
Voilà pourquoi je me retrouve avec un plomb de 60, ce qui n’est peut être pas plus mal pour rester au fond si ça secoue un peu.

On va quand même tenter d’aller tester ça, je me retrouve seul pour la semaine pour cause de voyage scolaire de ma moitié au pays des autres bretons. On verra ce que ça donne.

Leurres sur empiles en teaser et cuiller lourde

Qui a dit que les titres devaient avoir un rapport avec ce qui suit?

Il paraît que demain il faudrait mettre un drapeau français – modèle standard, trois couleurs – à sa fenêtre. Je n’ai pas bien compris si c’est en mémoire de ceux qui sont morts dans les attentats de Novembre, ou pour soutenir la République, la Nation, la Patrie 1 ou je ne sais quoi.
Faut dire, les actualités me parviennent par les flash info de france bleu breizh izel2 quand je pars travailler, alors que veux-tu, ma pauv’ dame, je suis pas très au point.

Qu’on me comprenne bien.
J’étais déjà au lit, en train de checker twitter avant d’éteindre ma loupiote, quand j’ai lu qu’on avait entendu des explosions autour du stade de France. Stupéfaction. Puis incrédulité. Puis peur. Peur parce que j’ai encore de la famille et des amis à Paris, susceptibles de sortir un vendredi soir, ou pire d’aller écouter des rouquins en concert. Atterré ensuite par les portraits et les noms des disparus qui ont défilé par la suite. Ecoeuré, triste, défait, abattu.

Et puis après, révolté. Révolté parce qu’on nous a demandé de mettre notre cerveau de côté pour laisser parler nos viscères. Parce que d’un coup, douter du bien fondé d’opérations militaires à l’efficacité au mieux hasardeuses, c’était être un traître au genre humain3. Dire que la réponse à ces attaques ne pouvait être que globale, politique, sociale, culturelle, c’était être un lâche. Si, si, je te jure, j’ai vu des gens pourtant raisonnables, à défaut d’avoir prouvé le contraire jusque là, passer à l’insulte face aux doutes sur les rodomontades du gouvernement.

Et puis est venu l’état d’urgence. Le transfert de pouvoir vers l’exécutif. La mise à l’écart du droit et du pouvoir judiciaire au profit de ce qui ressemble bien à un état d’exception4.

Et puis on m’a aussi expliqué qu’il fallait arrêter de construire des mosquées, parce que bon, tout le monde sait que ça vient de là, hein, quand même. Que bon, quand même, ces gens là ils étaient pas bien comme nous.

Et maintenant il faut mettre des drapeaux aux fenêtres. Pour montrer notre patriotisme, que c’est pas un gros mot tu sais. Que bon, il faut aimer son pays!

Il faut faire attention à ce qu’on met derrière un symbole. C’est le propre du symbole, qu’on puisse y mettre une multitude de sens.

Demain, toi qui mettras ton petit drapeau à la fenêtre, tu y mettras l’amour de ta famille, de tes amis. Des valeurs qu’on nous dit fonder notre République – la liberté, l’égalité, la fraternité. Tu y mettras la résistance à la violence aveugle, ton espoir dans la paix, dans l’avenir que tu veux laisser à tes enfants.

Moi, j’y verrai aussi le drapeau qui a flotté sur les colonies françaises aux quatre coins du monde, là où on inventait l’esclavage soft ou moins soft.

J’y verrai le drapeau qui fait bander les enfoirés de fascistes qui ont balancé Brahim Bouarram dans la Seine.

J’y verrai le drapeau que des milliers, des centaines de milliers, des millions de poilus ont suivi à la mort, ceux là même qui ont été fusillés quand ils ont refusé d’aller se faire massacrer pour que des gros culs planqués dans les ministères et dans les bureaux des conseils d’administrations puissent continuer leur petite vie.
Fusillés pour avoir refusé d’aller tuer des allemands à qui on avait sorti les mêmes conneries en de l’autre côté de la frontière, mais en deutsch s’il te plaît, alors c’est pas pareil.

J’y verrai le drapeau sous lequel avancent les fleurons de notre industrie quand ils retourne piller l’Afrique en faisant mine de l’aider à se développer. Tu sais, les mêmes qui licencient des hommes et des femmes qui ont passé leur vie à travailler pour remplir les poches des actionnaires. Qu’on fout dehors, bien usés, à 55 ans. Parce qu’ils ne sont plus rentables. Ou juste parce qu’il fallait montrer qu’on fait des efforts pour faire remonter le cours de l’action.

Alors tu m’excuseras, mais ce drapeau-là je le mettrai pas à ma fenêtre.
De toute façon j’en ai pas, et si j’en avais un, je m’en servirais surement pour couvrir mes bières et mes patates , parce que la bière et les légumes5 se conservent mieux à l’ombre, et la fraternité, c’est quand même plus facile avec de la bière et des frites. Ou juste des frites, si tu bois pas d’alcool.

Et puis, des morts à cause de ces cons, il y en partout. Alors il faudrait mettre les drapeaux de tous les pays du monde, hein, sauf peut être le drapeau de San Marin, parce que je crois qu’ils ont été épargnés, et puis celui du vatican, parce qu’il faudrait pas déconner non plus.

A la place, je relirai le nom des morts, de ceux qu’on connait, et pour ceux qu’on ne connait pas et bien j’inventerai des noms. Histoire qu’ils survivent un peu à la mort qu’on leur a apporté de force.

Et puis je me mettrai une chanson qui remonte un peu le moral, hein, genre l’internationale, ou bien salut à toi, tiens, elle est bien celle-là.

Tiens, je te mets un lien en cadeau.

Et puis je continuerai à aller pêcher, avec mes leurres et mes cuillers. Parce qu’il faut bien continuer à vivre.

Vivre.

Sans dieu.

Ni maître.

Et on finira tout ça dans une immense beuverie, en bouffant des galettes saucisses.

Allez, ken tuch ma vignonned (enfin, je crois).


  1. Famille et travail en option 
  2. Je prononce mal le breton si je veux d’abord. 
  3. Traitre à la patrie, je m’en fous. On a fusillé tant de gens bien sous prétexte qu’ils l’avaient trahie, la patrie, hein… 
  4. Tu sais, celui qu’aimait tant Carl Schmitt. 
  5. La patate est un légume si je veux. 

Le vaillant petit tailleur édition 2015

J’ai un nouveau travail.

Ca fait déjà quelques mois, et ça se passe plutôt bien.
Du coup, j’ai aussi de nouveaux collègues. Qui sont plutôt sympa dans l’ensemble. Il y a des pêcheurs. Qui boivent du café. Ca fait déjà deux sujets de discussion.

Il y a aussi des gens moins sympas. Des chefs. Tu sais, des chefs qui te font sentir que c’est eux les chefs.

Enfin je m’en fous, ces chefs-là ne sont pas mes chefs 1 mais des collocatrices de bureau. Ou plutôt, on grignote petit à petit leur espace en s’installant.

On refait aussi la déco d’ailleurs, et en plus d’être des petits chefs remplies d’air (et oui, ce sont des femmes, les hommes n’ont pas le monopole de la bassesse) elles ont le mauvais goût de trouver que Steven Seagal n’est pas photogénique. Mon collègue (celui que je devais remplacer, mais qui est resté) est fan de Steven Seagal – il ne le savait pas, mais on l’a décidé pour lui, et Photoshop nous a aidé à lui faire un magnifique calendrier personnalisé.

Tout ça pour dire qu’à partager le bureau des contremaîtres 2, on entend un peu tout. Surtout que leurs subordonnées collègues employées sont stupides, incompétentes, paresseuses, sentent des pieds, votent à droite (ah non, je crois que dans leur bouche c’est une qualité) et ainsi de suite.
Tu saisi l’ambiance.
Qui s’est encore dégradé récemment.
Une employé a commis l’erreur inexcusable d’avoir ouvert, dans son navigateur internet, la page de sa banque, le jour de paie , pour vérifier si le salaire avait déjà été viré.
On ne lui reproche pas d’avoir passé la journée sur internet.
Ni même d’avoir été vue en train de consulter ses comptes.

Non.

On lui reproche d’avoir été sur le site de sa banque à un instant (qui pourrait être celui de sa pause pour ce qu’on en sait, puisque personne n’a demandé à vérifier les heures de connexion sur son poste). Et c’est tout.

Je dis qu’on lui reproche, car ce qui aurait pu se régler par une simple remarque, au pire un petit recadrage entre amis au coin du zinc, s’est transformé en tragédie en deux actes :

  • Premier acte, remontrances publiques au milieu de l’open space, clouage au pilori de la coupable.
  • Deuxième acte, convocation au service RH, avec la contremaitre cheffesse et sa chef mais qui ne l’est pas vraiment, enfin elle aussi a une cheffe au dessus etc. etc.3, pour un avertissement en bonne et due forme (et pas en bonnet de nuit, ce qui est tout de suite moins tragique).

Oui, un avertissement écrit, remis en mains propre, avec signature et tampon officiel. Pour un consultation d’un site bancaire. Soit peut être moins de 5 minutes honteusement volées à l’employeur, 10 centimes d’euros qui ne lui reviendront pas.
Avertissement donné par une contrecheffesse qui confond internet explorer, internet et la page d’accueil. Je la soupçonne de regretter le minitel, entre nous.

Et donc la collègue avertie 4, n’ayant pas l’envie de lutter, s’est contentée de signer son bout de papier et de repartir avec son certificat de dangereuse insubordination.
Anecdote pas très palpitante, n’est ce pas, contrairement à ce qui est annoncé sur ce blog?
Ah ah.5

Ah ah , oui, car en fait, la chef de la chef – mais qui n’est toujours pas la chef suprême, au final on a toujours un chef plus chef que soi, quelle arnaque tout de même – a donnée pour consigne à ses demi-maîtres de faire des exemples dans chaque service. Oui oui.

Et effectivement, dans chaque service gouverné par cette Cruella d’Enfer de pacotille, un pitoyable ersatz de garde chiourme s’est trouvé un bouc émissaire pour décharger sa frustration de n’être jamais que le con d’un aussi con que lui mais plus magouilleur.
Alors voilà. On dit que tant qu’il y aura des couilles en or, il y aura des couteaux en acier. Moi je dis que tant qu’il y aura des patrons, on aura bien raison d’arracher leurs chemises.

  1. C’est compliqué, mais faut faire un petit effort pour suivre, là, quand même.↩︎
  2. Puisque ce sont des cheffes mais pas des super cheffes.↩︎
  3. le pouvoir absolu corrompt absolument, et le pouvoir ridicule de celui qui n’est le chef absolu rend décidément très con↩︎
  4. Mais qui du coup, n’en vaut pas deux, car comment travailler pour deux quand on n’est jamais qu’une demi portion d’employé pour son chef?↩︎
  5. Relis cette phrase, mais avec une grosse voix. Ah ah . Ca a tout de suite plus d’allure.↩︎