Le vaillant petit tailleur édition 2015

J’ai un nouveau travail.

Ca fait déjà quelques mois, et ça se passe plutôt bien.
Du coup, j’ai aussi de nouveaux collègues. Qui sont plutôt sympa dans l’ensemble. Il y a des pêcheurs. Qui boivent du café. Ca fait déjà deux sujets de discussion.

Il y a aussi des gens moins sympas. Des chefs. Tu sais, des chefs qui te font sentir que c’est eux les chefs.

Enfin je m’en fous, ces chefs-là ne sont pas mes chefs 1 mais des collocatrices de bureau. Ou plutôt, on grignote petit à petit leur espace en s’installant.

On refait aussi la déco d’ailleurs, et en plus d’être des petits chefs remplies d’air (et oui, ce sont des femmes, les hommes n’ont pas le monopole de la bassesse) elles ont le mauvais goût de trouver que Steven Seagal n’est pas photogénique. Mon collègue (celui que je devais remplacer, mais qui est resté) est fan de Steven Seagal – il ne le savait pas, mais on l’a décidé pour lui, et Photoshop nous a aidé à lui faire un magnifique calendrier personnalisé.

Tout ça pour dire qu’à partager le bureau des contremaîtres 2, on entend un peu tout. Surtout que leurs subordonnées collègues employées sont stupides, incompétentes, paresseuses, sentent des pieds, votent à droite (ah non, je crois que dans leur bouche c’est une qualité) et ainsi de suite.
Tu saisi l’ambiance.
Qui s’est encore dégradé récemment.
Une employé a commis l’erreur inexcusable d’avoir ouvert, dans son navigateur internet, la page de sa banque, le jour de paie , pour vérifier si le salaire avait déjà été viré.
On ne lui reproche pas d’avoir passé la journée sur internet.
Ni même d’avoir été vue en train de consulter ses comptes.

Non.

On lui reproche d’avoir été sur le site de sa banque à un instant (qui pourrait être celui de sa pause pour ce qu’on en sait, puisque personne n’a demandé à vérifier les heures de connexion sur son poste). Et c’est tout.

Je dis qu’on lui reproche, car ce qui aurait pu se régler par une simple remarque, au pire un petit recadrage entre amis au coin du zinc, s’est transformé en tragédie en deux actes :

  • Premier acte, remontrances publiques au milieu de l’open space, clouage au pilori de la coupable.
  • Deuxième acte, convocation au service RH, avec la contremaitre cheffesse et sa chef mais qui ne l’est pas vraiment, enfin elle aussi a une cheffe au dessus etc. etc.3, pour un avertissement en bonne et due forme (et pas en bonnet de nuit, ce qui est tout de suite moins tragique).

Oui, un avertissement écrit, remis en mains propre, avec signature et tampon officiel. Pour un consultation d’un site bancaire. Soit peut être moins de 5 minutes honteusement volées à l’employeur, 10 centimes d’euros qui ne lui reviendront pas.
Avertissement donné par une contrecheffesse qui confond internet explorer, internet et la page d’accueil. Je la soupçonne de regretter le minitel, entre nous.

Et donc la collègue avertie 4, n’ayant pas l’envie de lutter, s’est contentée de signer son bout de papier et de repartir avec son certificat de dangereuse insubordination.
Anecdote pas très palpitante, n’est ce pas, contrairement à ce qui est annoncé sur ce blog?
Ah ah.5

Ah ah , oui, car en fait, la chef de la chef – mais qui n’est toujours pas la chef suprême, au final on a toujours un chef plus chef que soi, quelle arnaque tout de même – a donnée pour consigne à ses demi-maîtres de faire des exemples dans chaque service. Oui oui.

Et effectivement, dans chaque service gouverné par cette Cruella d’Enfer de pacotille, un pitoyable ersatz de garde chiourme s’est trouvé un bouc émissaire pour décharger sa frustration de n’être jamais que le con d’un aussi con que lui mais plus magouilleur.
Alors voilà. On dit que tant qu’il y aura des couilles en or, il y aura des couteaux en acier. Moi je dis que tant qu’il y aura des patrons, on aura bien raison d’arracher leurs chemises.

  1. C’est compliqué, mais faut faire un petit effort pour suivre, là, quand même.↩︎
  2. Puisque ce sont des cheffes mais pas des super cheffes.↩︎
  3. le pouvoir absolu corrompt absolument, et le pouvoir ridicule de celui qui n’est le chef absolu rend décidément très con↩︎
  4. Mais qui du coup, n’en vaut pas deux, car comment travailler pour deux quand on n’est jamais qu’une demi portion d’employé pour son chef?↩︎
  5. Relis cette phrase, mais avec une grosse voix. Ah ah . Ca a tout de suite plus d’allure.↩︎